Comment éclairer le visage pour un portrait?

 

Voici un bref article dont le seul but est de vous expliquer un peu (si peu) le fonctionnement du cerveau d’un photographe lorsqu’il s’agit de mettre en lumière le visage d’un modèle. Que le photographe place lui même ses sources lumineuses ou encore qu’il dispose son sujet à l’endroit le plus adapté pour profiter d’un éclairage naturel, le processus est souvent identique.

Lumière douce et dure

Profitons, avant de parler de schémas de lumière, par rappeler quelques éléments de base. Une lumière « dure » est celle qui, apportée par un source lumineuse de très petite taille (comme un soleil d’été au firmament, un phare de voiture au lointain) va engendrer sur le visage du modèle des ombres tranchées et denses. A contrario, un lumière douce est celle issue d’une source lumineuse de grande surface (le ciel nuageux de l’hiver nordiste et « brouillardeux », la belle boite à lumière de 3m sur 3m). Cette dernière permettra d’avoir une lumière plus « enveloppante » provoquant des ombres plus diffuses. Ici deux exemples avec Julien (j’ai juste rapproché ma source lumineuse qui passant de lointaine à proche s’est changée de dure à « un peu moins dure ».

portrait Julien lumière frontale

portrait Julien lumière frontale

portrait Julien frontal doux

portrait Julien frontal doux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’angle de la lumière principale.

C’est en disposant ma lumière principale que  je vais décider du « style » d’éclairage, le style n’étant finalement rien de plus que le rapport entre ombre et lumière sur le visage et de comment ce rapport s’organise dans l’espace.

Eclairage zénithal

Schéma  éclairage zénithal

Schéma éclairage zénithal

Je peux imaginer de placer mon sujet juste sous le faisceau de lumière, c’est ce qu’on appelle un éclairage zénithal, ce dernier tombant à la verticale du sujet. C’est une lumière que l’on rencontre assez peu naturellement car finalement les fenêtres sont rarement placées au plafond des maisons. Cependant c’est typiquement la lumière que l’on obtient au théâtre et c’est aussi pour cette raison qu’elle évoque immédiatement l’univers du spectacle et de la scène ce qui convient très bien pour un portrait de musicien ou d’acteur. Néanmoins c’est une lumière dont l’usage est extrêmement périlleux : tous les visages ne se prêtent pas à ce genre de lumière et il convient de la manipuler avec attention.

Dans les exemples qui suivent on voit bien que si le visage de Myrtille peux « accepter » un éclairage au zénith, celui de Julien (parce que l’arcade sourcilière qui surplombe ses yeux crée un ombre masquant totalement son regard) ne se prête en rien à un tel jeu. 

portrait Myrtille éclairage Zénithal

portrait Myrtille éclairage Zénithal

portrait julien Zénithal

portrait julien Zénithal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je peux lui demander de relever le menton (mais cela nous enlève toute une gamme d’attitudes et de poses à notre « panel possible »). Je peux également  re-éclairer son regard soit à l’aide d’un réflecteur qui viendra faire « rebondir » la lumière par en dessous, soit à l’aide d’une deuxième source(mais au final cela reste assez peu heureux). 

zénithal+réflecteur

zénithal+réflecteur

portrait éclairage Zenith menton relevé

portrait éclairage Zenith menton relevé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Schéma lumière frontale

schéma lumière frontale

schéma lumière frontale

 

Il me vient alors l’idée d’abaisser ma lumière par rapport à cette arcade sourcilière, par rapport au regard du modèle.

portrait Julien lumière frontale

portrait Julien lumière frontale

Je peux descendre jusqu’à être face à ce dernier, voire légèrement au dessus, je perds alors toute l’ombre qui sculptait l’ovale du visage de manière très prononcée : c’est typiquement l’éclairage qui nous est apporté par le flash « intégré » ou accroché à la prise sabot de notre appareil photo. C’est un lumière descriptive, tout y est dit, la magie en est souvent absente car d’ombres il n’est plus question (même mon fond ici dans l’exemple est décrit à 300% par la lumière). C’est un style qui connait pourtant encore son heure de gloire notamment en photo de mode avec l’usage du ring flash car évoquant justement l’éclairage des photos faites de manière amateur, elle permet au photographe de jouer sur le paradoxe entre des modèles habillées avec des fringues à plusieurs milliers d’euros naviguant dans des univers trash ou décalés.

 

 

 


 

Eclairage sur le côté à 45° du modèle

Rembrandt light setup

Eclairage Rembrandt

Partons du principe que nous remontons un peu notre lumière principale et que nous la décalons sur la gauche ou la droite du sujet.

A-Man-Wearing-a-Gorget-and-Plumed-Cap

A-Man-Wearing-a-Gorget-and-Plumed-Cap

 

A partir d’un certaine hauteur (un peu au dessus des yeux) et d’une certaine latitude (plus ou moins à 45° d’une ligne qui joindrait notre sujet à l’objectif de la caméra) on obtient ce que certains nomment l’éclairage « triangle de Rembrandt ». Triangle parce que l’ombre venant se former du coté obscur du visage  vient dessiner un triangle de lumière derrière le nez, juste sous l’oeil du modèle.

« De Rembrandt » car le peintre flammand né le 15 juillet 1606 et mort le 4 octobre 1669 (retenez ces dates ça peut servir sur duel Quiz) aimait à peindre ses portraits sous cet éclairage si sculptural. Ici un exemple : A Man Wearing a Gorget and Plumed Cap, 1631, J. Paul Getty Museum, Los Angeles (si vous passez par là bas, plutôt que d’aller glander à Venice beach).

 

 

 

 

 

 

 

Sur les exemples qui suivent je vous laisse juges d’apprécier ou non ce schéma d’éclairage, à la fois lorsqu’il est utilisé de manière dure, puis plus adouci (j’ai rapproché la source et du coup la lumière vient « éclairer » le côté à l’ombre), ou encore contrebalancé d’un réflecteur placé en arrière du sujet venant apporter de la lumière dans la partie ombrée.

Rembrandt Triangle light setup hard

Portrait triangle de Rembrandt Dur

Triangle Rembrandt portrait soft light

portrait Julien Rembrandt adouci

Myrtille en Rembrandt avec réflecteur

Myrtille en Rembrandt avec réflecteur

portrait Myrtille Rembrandt dur

portrait Myrtille Rembrandt dur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 Lumière Latérale

Schéma Studio Lumière latérale

Schéma Studio Lumière latérale

Enfin dans un même ordre d’idée je peux venir mettre ma lumière sur le côté latéral de mon sujet : les anglophones parlent de split light.

C’est tout de suite plus dramatique, plus intéressant mais pas évident à proposer car un partie du visage est « perdue » dans l’ombre et les personnes à grand nez ne vont pas apprécier le fait de voir leur appendice nasal se découper ainsi entre ombre et lumière. Regardez néanmoins (nez en moins ah ah!) comment l’apport d’un « contre » éclairage (ici un réflecteur) vient « relever » le côté intéressant de cet éclairage.

Portrait Julien split light dur

Portrait Julien split light dur

Julien split light avec réflecteur arrière

Julien split light avec réflecteur arrière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà en résumé comment le photographe que je suis vous regarde quand vous venez poser pour moi : grand nez, yeux enfoncés, cicatrices, meilleur profil, etc. En discutant avec vous au préalable et en vous observant tout en même temps,  j’imprime dans mon cerveau reptilien les possibles et les « moins » possibles de la séance qui va commencer. Il n’y pas bien sûr de lois écrites dans le marbre, seulement quelques règles de bon sens. De même, entre un portrait pour book mannequin et celui pour Linkedin on pourra ou non transgresser ces règles. Il est avant tout question d’envies, de se faire plaisir, et c’est aussi à ça qu’une séance de portrait avec moi vous amènera immanquablement.

Pfff!C’est long quand un photographe explique ce qu’il fait, n’est ce pas?!!! Face à l’appareil il ne s’agit que d’une fraction de seconde.

 

Merci à Myrtille et Julien pour m’avoir prêté leur frimousse.

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